FRANCE INTER – LE DÉBAT DE MIDI DU 07 JUILLET 2020- VIOLENCES POLICIÈRES : L’HISTOIRE SANS FIN ?

Violences policières : l’expression elle-même suscite le débat chez les policiers, malgré les vidéos et témoignages qui s’accumulent. Quatre intervenants débattent ensemble au micro de Camille Crosnier.

 

 

Christophe Rouget, commandant de police, secrétaire général du syndicat des cadres de la sécurité intérieure (SCSI) : “Le terme “violences policières” englobe trop de choses pour fonctionner, il existe aussi une force légitime, des violences qui peuvent être utilisées de manière légale et proportionnée. On ne peut pas dire que la police est structurellement violente !”

Pourtant, la violence illégitime de la part de policiers demeure mieux documentée, notamment depuis l’émergence du mouvement des “gilets jaunes”. Les manifestations des dernières années ont en tout cas été le théâtre de pratiques policières contestées, tant dans les méthodes utilisées que dans l’usage des armes, comme ce fut le cas avec le LBD-40. Mais il est aussi reproché à la police ses rapports avec la population au quotidien, jugés discriminants et autoritaires. Raphaël Kempf, avocat de “gilets jaunes”, s’inquiète par exemple du trop grand pouvoir judiciaire donné aux forces de l’ordre, notamment lors de contrôles de la population. “Il faut s’intéresser à l’expérience au quotidien des citoyens des quartiers qui sont victimes de situations parfois irrespectueuses. Les gens ont le sentiment de ne pas être respectés.”

Les jeunes hommes perçus comme noirs ou arabes ont ainsi vingt fois plus de probabilités de se faire contrôler, selon un rapport du Défenseur des Droits de 2017. Pratiques discriminatoires, violence illégitime, racisme au sein de la police : beaucoup d’affaires s’amoncellent, et avec elles se diffuse le sentiment qu’il existe une impunité de l’institution policière. Une vision que Christophe Korell, de l’association Agora des citoyens, de la police et de la justice, réfute. Abordant la “peur” qu’inspire l’IGPN, la police des polices, au sein des commissariats, il s’interroge tout de même sur un manque de confiance envers l’Inspection générale de la police nationale : “La question de la confiance se pose : on doit avoir confiance dans l’inspection d’un service comme la police. Le problème de l’IGPN, c’est qu’il manque de moyens et de communication.”

Comment donc revenir à une situation plus apaisée ? Faut-il mieux former les policiers, “recréer du lien” avec la population et “ne pas que faire une politique de répression”, comme l’explique Christophe Korell ? Ou doit-on avoir “un vrai débat sur : comment fait-on pour désarmer la police”, comme le préconise l’historienne Vanessa Codaccioni ? Le gouvernement est en tout cas très attendu sur ces questions dans les prochaines semaines, tant par la population que par les policiers.

 

Les invités :

 

Vanessa Codaccioni, historienne et politologue, maîtresse de conférences en science politique à l’Université Paris 8, auteure de “La légitime défense. Homicides sécuritaires, crimes racistes et violences policières” (CNRS Éditions, 2018)

Christophe Rouget, commandant de Police, secrétaire général du syndicat des cadres de la sécurité intérieure (SCSI)

Christophe Korell, ancien officier de la Police Judiciaire et président fondateur de l’association « Agora des citoyens, de la police et de la justice » (ACPJ)

Raphaël Kempf, avocat pénaliste au Barreau de Paris.