BFMTV, 19H RUTH ELKRIEF DU 10 JUIN 2020: INTERVIEW DE CHRISTOPHE ROUGET

Retrouvez l’interview dans son intégralité ci-dessous:

 

 

Q : Vous, vous dites, « on le prend mal, et vos adhérents disent « on le prend mal » ?

 

R : Oui, ce police-bashing, il est aujourd’hui difficile à vivre quand on est un policier républicain, qu’on est engagé à servir nos concitoyens, à assurer leur sécurité, et lorsque l’on connait l’état de la maison police qui est durement touchée par les suicides, où on a un nombre de policiers blessés qui est exponentiel, des morts en service. Oui nous sommes aujourd’hui touchés dans notre honneur. Aujourd’hui vous savez, nous étions réunis autour du Directeur Général de la Police National. Toutes les organisations syndicales de tous corps ont exprimé leur colère et ont déclaré le sentiment profond de nos collègues d’avoir été lâchés par le ministre de l’Intérieur. La grogne, elle est générale, pourquoi ? Parce que les déclarations du ministre de l’Intérieur, elles interviennent dans le cadre d’une émotion qui est légitime, d’une émotion qui est partagée de lutte contre le racisme que nous partageons, que nous soutenons, mais aussi dans un moment où certains veulent comparer la situation avec celle des États-Unis, et importer des émeutes en France, notamment des mouvements communautaires, néo-identitaires, qui sous la bannière de l’antiracisme parfois attisent la haine, veulent importer ces émeutes. Aujourd’hui on a un résultat concret : on a des tags partout qui se multiplient dans nos villes, en disant par exemple « Sauve une vie, tue un flic ». Et on a nos collègues de couleur qui se font traiter de « vendus ». Et chaque nuit, nous sommes pris dans des guet-apens et attaquer.

[…]

 

Q : Edouard Philippe a dit aujourd’hui : « […] je veux dire la confiance et l’estime absolue que j’ai pour nos policiers […] ; Le Président a dit : « […] il ne faut céder ni aux amalgames réducteurs ni à une protection coupable […] ; l’écrasante majorité des forces de l’ordre ne saurait être salie et se devrait d’être exemplaire […]. » Bon, ça ne suffit pas pour rééquilibrer. Vous avez le sentiment que le Gouvernement n’arrive pas à trouver la bonne mesure ?

 

R : Nous, nous sommes aujourd’hui… nous écoutons ces messages qui arrivent aujourd’hui, mais nous sommes aussi un peu le bouc émissaire trop facile aussi de l’échec de tous les gouvernements sur tout ce qui a été les politiques publiques qui ont été les politiques de la ville et la sécurité. Pourquoi ? Parce qu’en fait, on a échoué, on a laissé notre territoire se segmenter, socialement, ethniquement et aujourd’hui malheureusement, le communautarisme est arrivé dans nos banlieues. Qui intervient maintenant dans nos banlieues ? Il ne reste plus que de jeunes pompiers, de jeunes policiers, et qui se font agresser. Donc il faut que nous revenions sur cette police d’intervention qu’on a mis en place dans les années 2000, et nous nous faisons des propositions au Président de la République, à Édouard Philippe. C’est d’abord de tenir toutes les propositions qui ont été faites pendant la campagne électorale. Le Président de la République avait dit : « il faut créer une académie de police regroupant tous les corps de la police nationale. » Chiche ! Faisons-le ! « Il faut développer la formation des policiers, la formation continue … ». Faisons-le ! Il avait dit : « il faut généraliser les caméras piétons » Nous y sommes tous favorables ! Donc faisons tout cela, mais aussi abandonnons cette police du chiffre, de la statistique pour revenir à une police plus humaine dans les territoires où chaque sourire d’un policier, où chaque moment de prévention est compté autant que pour une intervention ou une amende.

[…] je crois qu’il faut dans ce débat qu’on ne laisse plus la place aux extrêmes, je crois qu’il y a des gens qui sont républicains. On va proposer au Ministre justement que nous avancions vers une police plus républicaine. Par exemple, on aurait des réservistes, des citoyens qui viennent travailler avec nous, voir comment nous pouvons travailler, qu’on améliore la formation. Il faut rapprocher la police de la population. C’est dans l’intérêt de la sécurité de chacun, et que cette police puisse se faire sur tout le territoire, qu’on n’ait pas des polices municipales comme aux États-Unis qui sont gangrenées par le racisme, mais une vraie police républicaine au service de nos concitoyens. »